Drivé

Toussaint

La Drive je vous disais est pour moi l’acte par lequel nous autres, caribéens de langues créole et française, nous réapproprions cet espace qu’est le Monde au travers de notre propre « entendement ». Plus précisément drivé est la voie de ceux et celles qui voient dans la tiédeur des eaux qui nous ont vu naître un continuum, détail, permettant de comprendre l’hypocrisie des barrières segmentant notre espace.  L’acte nait de la rupture entre une tension forte et un lien usé, la tension est la découverte de notre mission et le lien, l’opacité malmoutonne qui se dissipe à la lumière du monde réel.


Le Bord de l’eau

J’accoste à Fort de France un dimanche après-midi. St-Lucia a vécu. A bord de l’éternelle bâché Toyota de mon aîné, je vois s’éloigner le port de Foyal et avec lui mes derniers souvenirs de cette île soeur. Sa « Cadillac » plonge dans les ravines où s’agitent les serpents à la tête pointu, franchis les mornes de l’ex habitations sur lequel le ventre de nos aïeux a été retourné par le propriétaire, et finie sa course à l’ombre d’une touffe de canne à sucre.  24h c’est le temps dont je dispose pour faire mes adieux à mon pays avant l’exil.

Qui écoute ?

Je cours le long des artères de Foyal, je monte un temps à l’ex Case navire, maintenant que je me sens le porteur d’une vérité trop longtemps cachée, les lucians ne sont ni des vendeurs ambulants, ni des nécessiteux ou encore des voleurs-violeurs découpeur de blanche, qui me fait le prophète de cette réalité palpable que je touchais du doigt il y a tout juste 50 minutes de bateau,  mais qui écoute ? La vakabonagerie officielle est trop forte.  Un autre viendra porter la bonne nouvelle car déjà je saute sur le dos du TCSP avant de terminer sur le tarmac gris de l’aéroport Aimé Césaire. Dois-je vraiment parler du TCSP ? L’enfant bâtard post-maturé de 20 ans. Dans le hall d’entrée je ne suis déjà pas dépaysasse, les passagers ont tous ma tranche d’âges, 3000 que nous sommes chaque année à partir sans billets retour. C’est plus que sous le régime BUMIDOM, qui kidnappait nos possibilités de développement mais qui écoute ?

Des mornes à la vie citadine

C’est en arpentant les 7000 miles kilomètres d’eau glacés à bord d’un malfini de métal que je me retrouve dans cette ville de métisse. Habitué à l’incantation naturelle des esprits nocturnes de mes mornes je dû rapidement m’habituer aux bruits d’une vie citadine au sein d’une résidence que je vois se construire tous les jours. Le bruit des ouvriers arabes, noirs et blancs portant sacs de ciment, barres d’échafaudage, perçant, compactant, peignant et parfois même scandant des chansons grivoises est devenu mon quotidien. A cette fortune s’ajoute une promiscuité commune aux gens de ma conditions, ce que j’appellerais le partage du son de « la communion des chairs » qui s’entre choque frénétiquement dans des gémissements angoissés. A cela s’est ajouté un baptême de mon habitation dans des eaux généreuses, et un holocauste de mon smartphone sur un autel-table de nuit en contreplaqué.  Mais que dire chaque matin je salue le buste de Louverture figé dans le marbre observant une ville qui s’est bâtie sur la razzia, le viol et le déchiquetage de nos peuples.

Chemise de ministre

En me baladant du côté de Victoire, je croise cet éternel marchant d’Afrique noir vendeur de toutes sortes de babioles vaguement africaines. Mon attention se porte alors sur une chemise, probablement pas en wax dont je demande le prix. S’en suit des négociations brèves ou j’ai pu entendre toutes sortes d’arguments allant du « elle est faite pour toi » au « ça c’est une chemise de ministre ». Il m’en a couté 35 euros, (100 dollars EC…).

Le Noir

Mais outre ces babillages, déjà mon rapport au monde à changer, je ne suis plus l’étranger ou « the french » comme ce fut le cas à Sainte-Lucie, je deviens en France, le Noir. Essentialiser comme peuvent l’être ceux qui rappellent un passé colonial mal digéré, je ne suis plus un homme, je suis un noir , celui que l’on scrute, celui que le steward touche dans l’avion, celui que l’on fouille à la sortie des magasins , celui que l’on soupçonne de communautarisme, le noir exotique, le noir révolté, le noir instruit, le noir du coin, le noir camarade, celui à la mine sombre et à l’accent humide, le noir qui parle bien, le Noir antillais.
Je devais ici vous proposer un travail que je pensais court.

Mais une brève réflexion ne saurait nourrir une penser solide. Pour cette raison je vous ferais part ultérieurement de ce travail que j’espèce achever d’ici quelques mois.

Les Ainées

Dans ce drive aux confins de l’inconnu j’ai pu à l’instar de mes camarades raconter nos ainés en savoir et en âge. Renseigné sur les meilleurs coins j’ai pu m’éviter les assauts de jeunes blancs au racisme ordinaire certains d’être expert de me ma culture, « j’ai beaucoup d’amis antillais » , « j’adore le zouk » et la curiosité de jeune femmes émoustillées par l’alcool et la possibilité de se faire percer l’hymen.  Mes aînées m’emmènent dans un bar cubain ou les mojitos au rhum Bacardi bon marché coulent à flot. Là-bas je retrouve cette sensation d’ivresse que j’avais laissé en Colombie il y a quelques années. J’étais alors au bout d’un voyage qui m’avait conduit des bancs d’une université du quartier latin de Paris en passant par les poussières de Malta, pour finir à l’ombre de la Sierra Nevada de Santa Marta. Sacrée année !

Voyage immobile

D’autres jours elles nous invitent dans leur immense appartements (en comparaison aux nôtres) là nous y écoutons les musiques qui ont fait nos soirées et donc je n’ai pu profiter, tching , tching ,tchong , comme à la maison , la soca music est déjà loin… Lors de cette soirée j’ai dû constater avec stupeur en buvant un rhum Plantation de Barbade acheté dans un Bazar bobo, que l’alcool était devenu pour moi de l’eau ce qui constitue une très mauvaise chose dans la ville du vin.  Mais revenons un instant dans ce magasin. L’enseigne dont je ne parviens pas à me souvenir le nom exact mais son concept est semblable à bon nombre d’autres établissements que l’ont retrouve à Bord de l’eau. Proposer un voyage immobile aux français de la classe moyenne supérieure en mal d’exotisme. Là-bas, tunique indienne, saké japonais, sac de globe-trotteur en cuirs épais, livre de d’Ernest Hemingway et poster Air France 120X80 de deux nègres sur pirogue ramènant un léopard. Les fanatiques de l’Amérique du sud profond de « Chérif fait-moi peur » pourront y acheter de magnifiques casquettes drapeau confédéré.

L’usine en verre

Les familiers du coin ne reconnaîtront sans doute pas cette description. Chaque matin sur cette ligne B comme bakful entre les odeurs d’aisselles malpropres, les plaintes de personnes du troisièmes âge et les visages de jeunes gens fatigués d’une nuit trop courte, s’aperçoit entre 4 arbres la silhouette de l’usine. Allongée, elle est semblable à une brique de verre entourée de fils de fer amarrés, liés entre eux par un squelette de bois. L’Usine c’est le lieu de production des pions qui servirons à alimenter la machine étatique française. Je ne m’étendrai pas sur le sujet, car ce lieu n’est en rien propice à la Drive.

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