Mes premières découvertes

L’histoire d’un petit berger Peulh…

Quelle lettre dans l’alphabet, quel mot en français, quelle phrase pour commencer, sur quel sujet dois-je enfin écrire ma première chronique ?  Les minutes se succèdent et,  devant mon clavier, toujours rien de satisfaisant. Bref, je vais faire simple et court pour ne pas trahir les conseils d’une amie (LAURY). 24 ans, né dans une famille pauvre et dans un pays sous-développé comme le Sénégal, alors comprenez que le mot « simple » n’à point de place dans ma vie. Cependant, c’est avec un grand plaisir que je  vais vous raconter ma vie, mes expériences, mes aventures surprenantes et louches parfois. En fait, je réalise qu’il suffit qu’on se mette à raconter un événement banal pour que celui-ci devienne une aventure.  Alors à titre principal, je me permets de vous raconter l’histoire d’un petit berger Peulh que j’étais jadis. 

Vraisemblablement, je suis né deux fois. Premièrement c’était le 07 avril 1994 à Madina Houda et deuxièmement à Kafountine le 05 octobre 1999.

La première fois, je n’étais pas né pour devenir celui que je suis aujourd’hui, un homme instruit capable de lire et d’écrire, mais j’étais né pour devenir un berger, un cultivateur, un chef de famille, rien que pour ça. Alors parlons de cette première naissance.

MadinaHouda, véritable bout du monde, une région marginale et très peu urbanisée, c’est là où je suis né. À 18km de mon village, dans le parc de Niokolokoba, sont installés des campements où les habitants de mon village pratiquent l’agriculture et l’élevage, principale activité de mes parents, d’ailleurs des peuls (mon ethnie) en général. C’est dans ce milieu relativement plat, avec quelques petites collines, des cours d’eaux où s’abreuvent les animaux, que j’ai fais mes premiers pas. Ainsi, j’ai appris à transhumer des troupeaux depuis que mes jambes m’ont permis d’accompagner mes frères dans la savane. Quel âge avais-je ? Je ne m’en souviens même pas.

En tout cas, à mon très jeune âge, j’accompagnais,  avec des amis, des moutons et des chèvres dans la savane  à la recherche du pâturage. Quoi de plus magique que de s’enfoncer dans la savane en compagnie des amis et des animaux ?

Je me souviens toujours de ce beau paysage plus ou moins parsemé d’arbres et d’arbustes où nous nous marrions comme des fous en jouant avec des bâtons, des cailloux et d’autres objets dont j’ignore l’appellation en français. 

Les Peulhs sont des pasteurs autrefois nomades qui se sont sédentarisés. Les animaux font donc partie intégrante de notre milieu. L’élevage est notre culture et la nature notre richesse. Durant cette période de ma vie, tous mes programmes de la journée étaient planifiés : accompagner les animaux le matin, apprendre le coran l’après midi et écouter les contes de grand-mère le soir. Ah oui ! Chaque soir autour d’un feu ma grand-mère, avec sa peau flétrie par l’âge et le soleil, nous racontait des contes fantastiques. Elle même était fantastique malgré le fait que mon grand-père, son époux, était un « dictateur ». En dépit de tout, je savais qu’elle l’aimait. Elle aussi avait un cœur autrefois, cela se voyait dans son regard mais également par le fait qu’elle était ratatinée dans la soumission de son époux, dans une soumission aveugle.

Evidemment, mon grand père était le César de la famille, ses désirs étaient des ordres et personne n’osait les remettre en cause.  Mais sa bonté lui valait une haute réputation au-delà même du village. D’ailleurs, jusqu’à présent on nous chante ses louanges. 

Très attaché à la culture peulh et à la religion musulmane, mon grand père était très réticent à l’idée de s’ouvrir au monde extérieur, aux autres communautés. C’est pour cette raison qu’il avait refusée catégoriquement que mon père m’amène à l’école française. Lui, il voyait déjà en moi l’héritier de son nom du fait que j’étais l’ainé de son ainé. Dans sa façon de voir les choses, mon père, son premier fils, devait hériter de lui les vertus de ses ancêtres afin de me les transmettre après. 

Cependant, mon père ne voulait pas que j’emprunte le même chemin que lui. La raison pour laquelle il a jugé nécessaire de m’amener à Kafountine chez mes grands-parents maternels. C’est dans ce village où je suis né à nouveau.

Nous en reviendrons dans notre prochaine chronique peut être.

En fait, raconter ma vie, ma culture, mon identité dans cette chronique me rend fier d’être Peulh. 

Enfin, je ne pourrais terminer cette chronique sans dire mot sur mes parents. Mais quel mot dire ? je n’ai pas trouvé mieux que Merci Papa & Maman.

                                                                             Abdoulaye BALDE, M. Houda

25 comments
  1. Guillaume LIRE

    C est une chronique personnelle qui est un récit de ta vie.J’ai vraiment apprécié la chronologie des péripéties. Franchement courage et félicitation

  2. Ambroise Badji

    Très belle histoire
    Je trouve dans ton histoire une cohérence et surtout une bonne succession des événements
    Pour un débutant, ce n’est pas évident.
    Je vous encourage M Baldé, tu as un tallent dans l’écrit et tu peux faire des merveilles
    Félicitations et courage

  3. Balndé

    C’est une belle histoire classique mais surtout bien racontée. Beaucoup de peulhs se reconnaîtront dans cette histoire. Bravo !
    Le texte est bien écrit, contexte bien situé etc. Je ne sais pas si tu as pensé à écrire un livre un jour mais moi je vois dans ta plume un talent caché si tu développes ta pensée, cela est bien possible !
    J’attends donc avec impatience la suite de cette histoire !

  4. Ndiémé kande

    Mes sinceres felicitations à toi berger peulh. Histoire belle, claire et agreable à lire. Beaucoup de jeunes se voient dans cette histoire et nombreux seront ceux qui se reconnaitront au travers en particulier les notres.
    Bonne continuation petit berger et tous mes encouragements. Le meilleur reste à venir car le debut s’annoce bien.
    J’ai hate de lire l’histoire de ta nouvelle naissance.

  5. Madyou

    En tant que jeune peulh je me vois dans cette histoire.Je salue profondément ta pertinence et ton sens d’écrivain.Franchement j’ai aimé ta plume et j’espère que tu vas progresser sur cette logique

  6. Moustapha Ngom

    Félicitations Balndé très bon travail j’ai même envie de voir la suite. En tant qu’africain je me reconnais sur belle histoire. Beaucoup de courages Mr Balndé

  7. Ibrahima Diassy

    Bonne inspiration courage à toi et sache que les bonnes graines finiront par pousser sur de bonne terre tu as la capacité et la motivation donc BAMOS

  8. Aklesso Emmanuel BILAO

    Je dirai que l’émotion n’est pas neigre, et la raison n’est pas Helène. La raison est pour tout être vivant conscient et intelligent. Les ecrits restent et pour ce premier pas j’aimerais dire felicitations. La narration est simple et très accessible. Du courage surout et belle plume pour la suite.

  9. Jocelyne

    Ton histoire anime mes rêves. Que dire de plus que j’aime ce que tu etais et ce que tu es et ce que tu promets d’être et ce que tu fais. J’ai déjá lu la suite de ton histoire, mais je voulais relire et commenter le début aussi. Bonne continuation ! Je suis fan.

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