Chroniques BokantéjènesDrivé

¡ Ahí está el detalle !

Ni les paracônes (1)  sur le feu ou les lyrics mélancoliques de « Concret jungle » ne semblent déconcentrer mon colocataire Guyanais assis au salon, casque sur la tête, manette en mains, Fortnite dans les yeux, presque une scène familière si les relents de latrines des égouts à ciel ouvert un peu plus loin où viennent de se déverser une eau douteuse ne venaient de me rappeler que je suis à des centaines de kilomètres au sud de la Martinique. Comme me l’a appris mon ex-proprio qui vivait dans un quartier peuplé de djompy (2), ici (et comme partout où l’ont à une tête de Gringo) il faut rester en alerte, surtout avec un sac plein de dollars EC alimenté par un compte euros…

Dans les rues de Castries à l’heure de pointe les faux rastas descendus des mornes et bidonvilles de Marchand se mêlent aux personnes respectables dégoulinantes de sieur dans leurs chemises boutonnées jusqu’au col, plus loin des rangeées de marchandes vendent quelques wax apple (pomme d’eau), ackee (quenette), mango et autres soursop (corossols) dans des sachets Massystore, en mitan du carrefour une antique berline rouge reconverti en soundsystem crache du dancehall local aux couplets en créole qui promet une nuit orgiaque à celles qui bougeront le plus leurs fesses. Je suis deux stagiaires sainte-luciennes qui se faufilent dans un capharnaüm de voitures à peine roulable, d’écoliers disciplinés portant de lourds uniformes fait main, d’agents de police en costume anglo-saxon, le tout en enjambant les larges et profonds caniveaux qui longent les routes de bitume crasseux de la capitale.  Elles me conduisent en se disputant sur le petit boui-boui où elles iront acheter leur déjeuner, frites et friture au poulet, pendant ce temps j’aperçois dans la vitrine d’une petite échoppe de cosmétique une pub vantant les miracles d’une crème « éclaircissante de teint » sic. Nos déjeuners achetés, ensachés dans du plastique noir et à peine avalés que l’on se dirige vers Derreck Walcott  Square histoire de reprendre le taxi collectif qui nous ramène à Morne fortune. Sur le trajet trois fonctionnaires charrient une quatrième (la plus âgée !) à propos d’une histoire de costume de carnaval et de plage nudiste au nord, d’un coup l’arrière du vieux taxi Mitsubishi frotte sur la chaussée et l’une des makoume s’écrit « Han, tchou Mwen atè ! », hilarité générale.

De retour sur le morne qui surplombe la ville, non loin de la maison du gouverneur général, le chauffeur près de qui je me suis assis me fait un peu l’histoire du coin, il m’explique que les occupations successives de l’île par anglais et français ont laissé des traces dans l’architecture, murs de pierre tailler française, vérandas en briques anglaises. En fin d’après-midi par un dénouement improbable dont je me suis accoutumé, je fini invité à une projection privée à la Embajada del Estados Unidos Mexicanos, près du petit aéroport régional trop proche du cimetière pour être rassurant. À 18 heures je me retrouve à me goinfrer de popcorn après avoir timidement serré les mains des quelques ambassadeurs présents, et m’être trompé entre une ambassadrice et son mari (moment de solitude extrême), dans la salle aucun Français (voir francophone caribéen) malgré l’imposante ambassade de ce pays à 25 m de là, à l’affiche ce soir « Ahi esta el detalle » (3).

 

1 Genre de banane pesé colombienne

2 Vakabon , loulou

3 (« Là est le détail » ¡ Ahí está el detalle ! » du nom d’une comédie mexicaine des années 40)

 

Sébi, (en drive)

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