Chroniques BokantéjènesDrivé

Tiède

Prologue

(Levée de soleil sur la mer des Caraïbes)

Les bruits nocturnes des grenouilles hylode, kabrit bwa et autre krikèt se mêlant aux bruissements des feuilles ballotées par les Alizés ont disparus. La silhouette de chez nous croise au large dans l’aube écarlate, comme le visage d’un lointain parent retrouvé dans le souvenir diffus d’une mémoire prénatale marquée du sceau des pirogues de guerre Kalinagos, peuple assassiné, sachant néanmoins que notre arc bandé mais désarmé n’était que le sommet émergé des pics dresser sur le dos d’un iguane gigantesque. Delicatissima, genèse d’un peuple a hissé du Nun.

 

A Lucian way

Voulant pousser l’expérience un peu plus loin que la Mercury Beach et le shopping, je décide de m’acheter un livre du fameux prix Nobel de littérature (1). De question en question je fini par apprendre par un chauffeur de bus qu’un certain magazine vendrait hypothétiquement quelque rares vrais livres et que l’île ne procédait aucun bookshop, le dernier ayant fermé il y a plus de trois ans. Dans la lumière décalante de la fin d’après-midi, je me presse dans les recoins de Castrises pour me rendre chez Natos près de la central bakery, non loin de Dereck Walcott Square. Sur place je me retrouve fasse une quincaillerie tenue par un homme mûr qui fait aussi agent de sécurité “If you want to keep a secret from a black man, put it in a book” m’a-t-il dit résigné. Pour m’expliquer la fin du livre à Sainte-Lucie, je devrais me contenter d’un essai historique écrit par un Saint-Lucien un peu trop césairophile.

En regagnant l’une des artères principales du centre-ville j’aperçois une revendeuse de contrebande Leaderprice Ford de France assise au bord de la route sous un parasol protègent sa fille jouant dans un berceau ici si tu ne travailles pas tu crève. Arrivé à la maison après l’interminable embouteillage quotidien sur la Highway à attendre dans un bus (2) backful, a écouté la musique malsaine d’un djumpy « Crasé pussy a ». Las d’avoir la mer à 250 m mais de ne pas y aller, je traine mon colloc (Français d’origine guyanaise) dans les razié (pour une fois qu’il fait autre choses qu’inhalé de l’herbe) où nous nous faisons un passage entre ravines douteuse et chiens méchants. Au terme de notre épopée : Mer verdâtre bordée d’une plage artificielle où quelque palétuvier rouge survive dans une eau savonneuse le tout dans une ambiance à la Countryman (3), à deux pas du all inclusive où se baignent l’Américain de la classe moyenne, l’eau fut tiède.

 

1 Dereck Walcott (1930-2017) prix Nobel de littérature 1992 entre autres pour son poème épique, « Omeros » qui retrace l’Odyssée dans un contexte caribéen.

2 Bien les « bus » soit en fait des van Toyota Hiace des années 90, leurs abondances, leurs prix et leurs services quasi continu donnerais envie de bruler Mozaik.

3 Classique du cinéma jamaïcain narrant les aventures de Country un pauvre pécheur rasta ayant pour tout vêtement un boxeur dédou.

 

Bastille day (1)

Après le traditionnel discours d’introduction dans lequel l’ambassadeur de France à vanter les mérites de la coopération régional entre l’état de Saint Lucie et le matricule 972. Les convives se dispersent, les VIP rejoignent leur table et le vieil homme qui ne souhaitait pas laisser son arme est maintenant suivi par un imposant soldat.

Pour ma part je tache de me fondre dans le décor, verre de vin rouge à la main, complet beige, assis comme d’autre sur l’herbe, le regard sur Pigeon Island et la plage du Sandals Resort, tachant de profiter du pique-nique dans le jardin de la résistance de l’ambassadeur.  Entre les potins des divers services et la musique de fond, j’observe la masse de diplomates, d’enfants de bonnes familles et les silhouettes de femmes plantureuses aux visages couvert de Siapoc (2) luisant discutant l’air de rien.  Non loin les ambassadeurs et le gratin diplomatique boivent des vins français et font la queue pour goûter aux mets de ce même pays, disposé sous une grande tante kaki estamper US ARMY. Des cadets de l’académie militaire de Sainte-Lucie marchant çà et là, sont reconnaissables à leur treillis et béret vert.

Ce fut une après-midi charmante, il faudra remercier la Grande Bourgeoisie d’Habitation d’en avoir été le premier sponsor.

 

1 Nom donné à la fête national française se tenant le 14 juillet dans le monde anglosaxon et anglophone d’une manière générale.

2 Marque de peinture de bâtiment.

 

Wayne ton mové tan (1)

Si le carnaval s’aligne traditionnellement sur le calendrier des fêtes religieuse catholiques, à savoir la semaine qui précède les 40 jours de Carême, ici les autorités ont décidé de le déplacer aux milieux du mois de juillet afin d’en faire un « festival d’été » histoire d’attirer des touristes sans avoir à concourir contre les mastodontes trinidadiens et brésiliens.

Le St-Lucia Carnival est rythmé par deux choses, la Soca music, rejeton au rythme accéléré par le sexe et l’alcool de du bon vieux calypso et les longues processions des bands qui partent du Mega Massy store de Choc pour rejoindre Castries par la Highway (Soit La Valmenière – Tour Lumina en Martinique).

A cette période où les rues de la capitale sont grillagée (le concept de vidé (2) n’existant pas ici et seul les bands payant étant admis, les contres venant sont chasser par la sécurité), il n’est pas non plus pas rare de croiser de vraies nones, des musulmans noir et même quelques vieux rastas prennent des photos de fessier pailleté, épilés et à découvert couverts de sueur mais parcourue de spasmes.

Dans la rue ou 2 semaines plus tôt un homme et une femme s’étaient battus a coup de dacheen (l’évènement et connu sous le nom de « Dacheen fight »), posté près du marché artisanal l’on peut apercevoir les violent back it up des jeunes et moins jeunes femmes en tenue légère payées au prix d’or au patron de band, entre alcool, hôtel et sexe, le carnaval est un business rentable.

Dacheen fighter   “throw a dacheen on me”

1 Hit du carnaval 2018 , l’expression viendrait d’une vidéo circulant sur les réseaux sociaux où une femme qualifierais sa koukoune de mové tan.

2 Procession carnavalesque ouverte à tous.

 

Rodney Bay by night

Channel dont je suivais la trace depuis Snapchat m’apprend qu’elle est en vacances dans son pays. Elle dont la part wolof illumine le teint nous accueille sourire aux lèvres avec une Piton (1) et un verre de jus de goyave (2) maison puis nous prenons la direction de la plage. Sur le chemin de la plage on fait le tour de son neighborhood, rien ne saurait être plus éloigner des rue étroites et sale de Marchand (3) où d’antique bicoques en bois « plus pourri que pourri est fait » battent un duel entre un morne et un canal gluant. Ici, les vastes demeures sont cachées par de hauts murs, bordée grands jardins au gazon taillé au ciseau et il y a même le château du magnat local de la sauce piquante.

Après une baignade en règle, Channel nous ouvre les portes des nuits lucians, soca entrecoupées par les annonces maladroites du selecta, verres rhum krazé au soda et herbes saintes. Les regards se fixent sur les courbes de négresses aux fesses matées fendues par un string et celles de chabines chapées coolie aux énormes seins en forme de papaye, mon cœur bat vite. Là-bas un touriste blanc suit une prostituée l’air gêné. Suerte, lucian d’origine dominicaine nous renseigne sur les prix courants des passent, 20 EC pour louer une bouche rêche et 200 pour un entrejambe peut encourageante, au loin un gros policier en civil sirote une Heineken.

 

1 « Bière Sent Lisi »

2 De l’arawak guaiaba ou guava qui donne l’espagnol guayaba vers l’an 1555, le mot garde une prononciation similaire quel que soit la traduction, allemand guave, anglais guava, italien guaiava, portugais goiaba, russe « guayyava », il n’est donc pas nécessaire de partir en voyage ni de voguer avec les entêtés.

3 Quartier populaire de la périphérie de Castries situer au pied d’Arundel Hill, déconseillé aux non-saint-lucian.

 

Sébi (en drive)

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